
Il nous arrive à tous de réagir d’une manière qui nous dépasse. Un silence prolongé d’un proche, une critique au travail, un désaccord avec un ami… et soudain, les émotions débordent. Parfois, on se dit après coup : « J’ai exagéré », « pourquoi je me sens si nul·le », « pourquoi j’ai réagi comme ça ? » Ces réactions ne sortent pas de nulle part.
Elles prennent racine dans des expériences anciennes, et c’est justement ce que la thérapie des schémas aide à comprendre.
Prenons un exemple. Lucie a 35 ans, elle a une vie bien remplie. Pourtant, dans ses relations amoureuses, un même scénario revient sans cesse. Quand son partenaire met du temps à répondre à un message, elle est envahie par une peur intense : « Il va m’abandonner ». Alors, elle s’accroche trop ou s’éloigne brutalement pour se protéger. Et bien souvent, la relation finit par s’essouffler.
Ce que vit Lucie illustre un schéma : une façon d’interpréter le monde apprise très tôt, comme une paire de lunettes que l’on garde sans s’en rendre compte. Chez elle, on dirait dans la thérapie des schémas qu’il s’agit d’un “schéma d’abandon”. Parce que ses parents étaient souvent absents quand elle était enfant, elle a appris à craindre que ceux qu’elle aime disparaissent. Et cette peur resurgit, même adulte, dès que la situation lui rappelle cette expérience.
Nous portons tous des filtres de ce type, plus ou moins visibles. Certains concernent la peur d’être jugé, d’autres la conviction de ne pas être « assez bien », ou encore la méfiance envers les autres. Mais il est essentiel de comprendre qu’un schéma n’est pas une étiquette définitive. Dire que l’on a un schéma d’abandon ne veut pas dire que l’on est condamné à se sentir abandonné toute sa vie. C’est simplement reconnaître qu’à certains moments, dans certains contextes, on peut réagir à travers ce filtre.
Le travail thérapeutique consiste justement à remettre du mouvement là où le schéma fige. Pour Lucie, cela veut dire apprendre à repérer sa peur quand elle surgit, à la nommer, et peu à peu à répondre autrement. Son thérapeute l’aide à mobiliser une part adulte plus solide, capable de rassurer cette peur ancienne et de choisir une réaction plus adaptée au présent.
Les lunettes perdent peu à peu de leur pouvoir. Elles ne disparaissent pas toujours, mais on apprend à les poser quand elles ne servent plus. Et c’est là toute la force de la thérapie des schémas : offrir une lecture de soi qui aide à comprendre ses réactions, mais sans jamais réduire une personne à ce qu’elle a vécu.
Reconnaître ses schémas, c’est se donner la chance d’élargir ses possibles. Ce n’est pas se définir à travers eux, mais apprendre à se voir autrement, à réagir différemment, et à avancer plus librement dans sa vie.